Sarkozy ne séduit pas les Démocrates (Michel Haudry)
Sarkozy ne séduit pas les Démocrates
Nicolas Sarkozy a une communication qui séduit beaucoup. Il reste celui qui a séduit
par le Kärcher, il est devenu celui qui séduit par l’ouverture. Il réunit ainsi sous son
autorité des gens très divers, qu’il a séduits.
Nous, les Démocrates, nous montrons par notre attitude que la première règle de sagesse
dans la démocratie, est de prendre garde à la séduction. Elle est, c’est bien connu, la
ressource de l’arbitraire quand il ne manie pas la force.
Nous sommes en opposition à un pouvoir qui se veut sans limite dans sa communication,
et dont les actes suggèrent qu'il n'y a plus de limites à l'action. Nous n'acceptons pas
qu'une sinistre comptabilité détermine un quota d'étrangers à traquer dans les rues et à
renvoyer « chez eux », nous n'acceptons pas que la France criminalise la détresse de ces
femmes, de ces hommes, de ces enfants, qui précisément n'ont plus de « chez eux » dans
notre monde. Nous n'acceptons pas qu'un détestable motif technique, ouvre la porte aux
menaces totalitaires d'une manipulation politique de la génétique. La France doit être aux
avant-postes du combat pour l'Homme, quand la tentation existe de le réduire socialement
à un code.
L’opposition n’est pas une simple pose, aux critiques convenues, aux obstructions
systématiques. Ce mot peut désigner une attitude toute différente de ce qu’était
l’opposition du temps où c’était alternativement la gauche et la droite qui occupaient ce
rôle. L'opposition des Démocrates est un appel à la réflexion politique des Citoyens, pour
retrouver le sens du débat démocratique
L’opposition, pour nous, ne consiste pas à s’opposer à ce qu’un Gouvernement peut
proposer pour le bien du pays, à jouer contre la France en pensant au pouvoir. Elle ne
consiste pas à empêcher les évolutions nécessaires par tactique, en n’ayant que le pouvoir
en vue, sans considération pour ceux qui en dépendent.
Les Démocrates ne peuvent pas avoir cette conception de l’opposition parce qu’ils
respectent la légitimité de la procédure démocratique, du Gouvernement démocratique,
même quand ce Gouvernement ne leur plait pas.
Notre Mouvement Démocrate est une force politique en formation. La démocratie nous
rassemble parce qu’elle est en danger. Que demain reste pour chacun un horizon de
liberté, mais aujourd’hui nous sommes rassemblés pour exiger le respect des valeurs
fondamentales de la démocratie : le respect de l’homme dans le monde, et du citoyen
dans chaque nation.
La démocratie est le régime du droit réfléchi, délibéré, par opposition à l’usage de la
force ou de la séduction. Elle permet d’espérer une réconciliation des hommes entre eux
et avec eux-mêmes. Ce n’est pas ce que l’on voit du pouvoir de Nicolas Sarkozy.
L’ouverture politique proposée par François Bayrou a été caricaturée. Nous pensions que
des partenariats clairs, publics, expliqués au pays, devaient permettre de s'attaquer enfin
aux déchirures sociales dont souffrent des millions de nos concitoyens, dans la misère,
l'abandon, et les humiliations. Nous pensons que cela oblige les responsables politiques à
mieux s'écouter et à entendre le pays.
Mais que penser de ce transfuge nommé Ministre de la Défense ?
De cet autre aux Affaires étrangères ?...
La vampirisation de l'opposition n'est pas un signe respect, elle ne cherche même pas à le
faire croire ; menée dans l'ombre, elle n'inspire que du dédain pour la faiblesse des
hommes devant le pouvoir et les honneurs. Comme dans son rapport à l'argent, le pouvoir
sarkoziste honore le cynisme. Nous pensons que c'est exactement le contraire que la
politique devrait montrer.
Quel sens pouvait avoir alors la lecture, dans les écoles, de la lettre de Guy Môquet? Je
n'y ai pas vu, non plus, un signe de respect. Mais plutôt le désir que les enseignants, le
doigt sur la couture du pantalon, exécutent les ordres du chef. D'un chef qui les a bien eu,
en utilisant, pour s'imposer, les mots d’un jeune communiste allant mourir. Le Président
se pavane avec des milliardaires et des stars, seul l’argent semble le fasciner ; le 8 mai, au
lendemain de son élection, quand tous les maires de France honoraient devant le
Monument aux Morts le souvenir de la Libération, il se prélassait sur un yacht ! Et il
faudrait encore que les éducateurs, dans une complaisance publique, lui délivrent un
brevet de sensibilité?
Que dire de la réduction de la dette qui commence en assurant les riches d’un « bouclier
fiscal » ?
De ce secrétaire général de l’Elysée transformé en Premier Ministre ?
De ce Premier Ministre, transformé en directeur de cabinet, qui répète qu’il serait « à la
tête d’un Etat » quand il n’est pas même à la tête de son propre Gouvernement ? Et qui
révèle que cet Etat est en faillite, comme si l’actuel Président n'avait pas été du
Gouvernement responsable de la catastrophe ?
Que dire de ces Ministres qui s’en vont assurant que la croissance économique se
gagnera avec leurs dents...si longues soient-elles ce n’est pas sérieux.
L’Etat est devenu fou. Fou d’une communication qui peut dire n’importe quoi, tout et le
contraire de tout. Nous devons combattre cela parce que dans la société contemporaine,
c’est ce qui menace le plus la démocratie : un discours qui a besoin de la télé, sait
habilement l'utiliser, mais s'émancipe de la raison, un discours qui fait perdre sens à la
société.
Le fascisme aujourd’hui a les manières du berlusconisme. L’arrogance et la puissance se
fondent sur la manipulation.
Alors bien sûr notre place, à nous les Démocrates, est dans l’opposition aux méthodes
d’une droite qui n’est pas seulement…décomplexée.
Nous sommes une force de conviction qui s’oppose à la manipulation de l'opinion, nous
sommes un Mouvement en action pour rendre la parole à des citoyens libres.
La complexité du monde ne pourra se faire jour que par un effort de clarté. Le
Mouvement Démocrate doit faire cet effort pour ne pas décevoir. L'UMP qui a
symboliquement choisi de laisser vide l'espace de sa présidence, comme si cela évoquait
désormais le sacré, est le parti d'un homme, le parti du Président. Nous ne pouvons pas
maintenir d'alliances avec ce parti, cela ne ferait qu'ajouter à la confusion, et laisser
entendre que, nous aussi, nous pourrions pour des postes, nous rallier à une politique que
nous désapprouvons. Les stratégies médiocres inspirent des tactiques perdantes.
Pour certains d'entre nous l'effort à consentir est de rompre avec des femmes et des
hommes avec lesquels nous avons travaillé, pour lesquels nous avons de l'estime, parfois
de l'amitié, et dont nous savons bien qu'ils ne sont pas souvent à l'aise dans le parti de
Nicolas Sarkozy! Il ne s'agit pas de leur tourner le dos, mais de leur parler franchement,
en souhaitant que notre résolution puisse inspirer leur conduite. Il y a bien sûr à l'UMP
des gens avec lesquels il serait encore possible de travailler localement, mais ils assument
publiquement un choix que nous désapprouvons, et avec lequel il serait désastreux de
sembler transiger en douce.
Que ceux d'entre nous qui se sentent prêts à défaillir, se souviennent de la constance
politique de François Bayrou quand les notables de l'UDF l'ont abandonné, des notables
qui étaient, dont certains sont encore, des amis. Qu'ils se souviennent aussi, que l'élection
présidentielle de 2007 a montré que la constance politique comptait beaucoup plus, dans
une démocratie moderne, que l'influence des notables.
C’est la sincérité de notre message, c'est le courage de notre conviction, qui nous
conduiront au succès. Une lectrice de Mariane, Aurore Vautrin, écrivait : « entre la
cacophonie du PS et la voix inaudible du MoDem nous avons l'impression que plus
personne ne nous représente, que notre désir de résistance n'est plus porté par
personne » (Marianne n°545 du 29/09 au 5/10).
Il est temps de faire entendre enfin, vigoureusement, la voix du Mouvement Démocrate,
de prolonger partout en France le message de François Bayrou. Ce message a été
largement entendu, il a suscité un enthousiasme que nous n'avons plus le droit de
refroidir.
Nous avons besoin de sortir des attitudes convenues. Le succès du Mouvement
Démocrate en témoigne. Même s'il faut accepter des moments difficiles, face à l'empire
des illusions, peut se lever l'ambition d'un grand rêve.
Michel Haudry
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